Clôture d'exercice : bien clôturer le cycle trésorerie

Bien clôturer le cycle trésorerie

Cet article traite d'un point précis de la clôture d'exercice : le cycle trésorerie, c'est-à-dire le rapprochement bancaire et les régularisations qui en découlent. Les stocks, les amortissements et les aides PAC ne sont pas abordés ici : ils font l'objet d'autres articles.

Il s'adresse aux agriculteurs qui tiennent leur comptabilité en régime réel, simplifié ou normal. Le micro-BA n'est pas concerné : ce régime forfaitaire ne comporte pas de clôture comptable au sens où on l'entend dans cet article.

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ClôtureTrésorerieRapprochement

Pourquoi la trésorerie est un cycle clé de la clôture comptable

Le compte banque (512) centralise une grande partie des encaissements et décaissements de l'exploitation : règlements des achats et des ventes, échéances d'emprunts, salaires, prélèvements fiscaux et sociaux. Une erreur de rapprochement peut donc affecter de nombreux postes du bilan.

Le traitement diffère selon votre régime. En comptabilité de trésorerie (la situation la plus courante au réel simplifié agricole), vous enregistrez en cours d'année uniquement les encaissements et décaissements réels. Mais la loi ne s'arrête pas là : à la clôture, vous devez constater les créances et les dettes existantes, en application de l'article 74 du Code général des impôts. Ce basculement permet de rattacher au bon exercice les produits et les charges qui ne sont pas encore encaissés ou payés. Il constitue l'une des étapes nécessaires à la détermination du résultat comptable et fiscal.

En comptabilité d'engagement (réel normal, ou réel simplifié tenu par engagement toute l'année), les opérations sont enregistrées lorsqu'elles sont acquises ou engagées, généralement à partir des factures, mais en tenant compte de la date de livraison du bien ou de réalisation de la prestation. À la clôture, il faut notamment constater les factures non parvenues et les factures à établir. Le cycle de clôture porte alors surtout sur le rapprochement bancaire lui-même et sur les régularisations financières, sans bascule globale créances/dettes à opérer

Le rapprochement bancaire avant clôture

Qu'est-ce qu'un rapprochement bancaire ? C'est la comparaison entre le solde de votre compte bancaire dans votre comptabilité et le solde indiqué par votre banque à la même date. Tout écart entre les deux doit s'expliquer : une opération enregistrée chez vous mais pas encore débitée ou créditée par la banque, ou l'inverse.

Repère avant de continuer : le sens du débit et du crédit dépend du type de compte. Un compte d'actif ou de charge augmente généralement au débit ; un compte de dette, de capitaux propres ou de produit augmente généralement au crédit. Le mouvement inverse diminue le compte concerné. Chaque écriture établit une égalité entre le total des montants portés au débit et le total des montants portés au crédit ; elle peut comporter plusieurs lignes de chaque côté.

Vérifier les délais d'encaissement et de décaissement

Un chèque envoyé le 28 décembre n'est pas forcément débité avant le 2 ou 3 janvier. Une vente en circuit court réglée par carte peut apparaître sur votre compte deux jours après la transaction. Ces décalages sont normaux.

Il faut simplement les identifier un par un à la clôture. Sinon, votre solde comptable et votre relevé bancaire ne concorderont jamais exactement, et vous ne saurez plus si l'écart vient d'une opération en transit ou d'une erreur de saisie.

Comptabiliser les chèques et virements en attente

En comptabilité d'engagement, lorsque la facture a déjà été enregistrée, le paiement par chèque est comptabilisé au débit du compte 401 et au crédit du compte 512. Au réel simplifié tenu en comptabilité de trésorerie, le paiement peut être enregistré directement au débit du compte de charge ou d'actif concerné, avec la TVA déductible le cas échéant, et au crédit du compte 512. Dans les deux cas, le chèque non encore débité par la banque constitue un élément du rapprochement bancaire, pas une anomalie.

Les écritures en comptabilité d'engagement

Exemple, comptabilité d'engagement (facture déjà enregistrée) : achat de 600 € réglé par chèque remis au fournisseur le 20 décembre, débité par la banque le 3 janvier

CompteIntituléDébitCrédit
401Fournisseur600€
512Banque600€

Le compte 512 est crédité dès la remise du chèque, même si la banque ne le débite matériellement que le 3 janvier. L'écart entre les deux dates apparaît dans le rapprochement bancaire comme un chèque émis non encore débité, pas comme une anomalie à corriger

Les écritures en comptabilité de trésorerie

Exemple, réel simplifié en comptabilité de trésorerie (achat non encore enregistré) : matières premières ou fournitures stockées pour 500 € HT, TVA à 20 % soit 100 €, réglées par chèque remis le 20 décembre

CompteIntituléDébitCrédit
60xAchat (compte à adapter selon la nature et le caractère stocké ou non de la fourniture)500€
44566TVA déductible sur ABS100€
512Banque600€

Ici, aucune écriture n'est passée au compte 401 : le paiement enregistre directement la charge et la TVA récupérable, pour un montant total de 600 €.

En cas de rejet du chèque

Une écriture de régularisation est passée à la date du rejet : elle rétablit la dette envers le fournisseur en comptabilité d'engagement, ou annule la charge déjà enregistrée en comptabilité de trésorerie.

CompteIntituléDébitCrédit
512Banque600€
401Fournisseur - organisme certificateur600€

Au réel simplifié tenu en comptabilité de trésorerie, le rejet conduit à annuler l'enregistrement du paiement dans le compte de charge ou d'actif concerné. Le traitement de la TVA doit être adapté à son exigibilité : il dépend notamment de la nature de l'opération et du régime de TVA appliqué par le fournisseur.

Lorsqu'une vente ou une prestation achevée avant la clôture n'a pas encore été réglée par un virement effectivement crédité sur le compte bancaire, la somme doit être maintenue ou constatée en créance client. L'encaissement en banque n'est enregistré qu'à la date du crédit du compte.

Les régularisations spécifiques

Comptes d'attente

Qu'est-ce qu'un compte d'attente ? C'est un compte utilisé temporairement pour enregistrer une opération dont la nature exacte n'est pas encore connue au moment de la saisie, en attendant d'identifier le bon compte définitif.

Les comptes d'attente doivent être analysés et apurés autant que possible avant la clôture. Tout solde résiduel doit rester exceptionnel, être documenté et être reclassé dans le poste approprié du bilan en attendant son imputation définitive. Si un virement reçu en novembre n'a toujours pas été identifié en décembre, c'est le moment de retrouver son origine plutôt que de le laisser en suspens d'un exercice sur l'autre.

Vérifier le capital restant dû sur les emprunts

Qu'est-ce que le capital restant dû ? C'est la part du capital emprunté qu'il vous reste à rembourser à une date donnée, telle qu'elle figure sur le tableau d'amortissement fourni par votre banque ou votre organisme de crédit.

Chaque échéance d'emprunt se décompose en une part de capital, qui réduit votre dette, et une part d'intérêts, qui est une charge de l'exercice. Si vous enregistrez le prélèvement mensuel en une seule ligne sans ventiler les deux, le compte d'emprunt ne reflète plus votre dette réelle.

Les écritures d'échéance mensuelle

Échéance mensuelle d'un emprunt matériel de 320 €, dont 280 € de capital et 40 € d'intérêts

CompteIntituléDébitCrédit
164Emprunts auprès des établissements de crédit280€
661Charges d'intérêts40€
512Banque320€

À la clôture, comparez le solde créditeur du compte 164 au capital restant dû indiqué sur le tableau d'amortissement à la même date. Un écart peut venir d'une échéance non enregistrée, d'un remboursement anticipé non comptabilisé, ou d'une ventilation capital/intérêts incorrecte sur une ou plusieurs échéances.

Intérêts courus et frais financiers

Qu'est-ce qu'un intérêt couru non échu ? C'est la part d'intérêt d'un emprunt qui a couru depuis la dernière échéance payée, mais qui n'est pas encore due à la date de clôture. Même si vous ne l'avez pas encore payée, cette charge concerne l'exercice qui se termine et doit y être rattachée.

Pour les intérêts courus d'un emprunt bancaire, l'écriture est généralement portée au débit du compte 661 « Charges d'intérêts », ou d'une subdivision adaptée, et au crédit du compte 1648 « Intérêts courus sur emprunts auprès des établissements de crédit ». Le compte de dette à utiliser doit être adapté à la nature du prêteur.

Les écritures d'intérêts courus

Intérêts courus du 1er novembre au 31 décembre sur un emprunt matériel auprès d'un établissement de crédit, montant estimé à 150 €

CompteIntituléDébitCrédit
661 (66116)Charges d'intérêts (subdivision du compte 661)150€
1648Intérêts courus sur emprunts auprès des établissements de crédit150€

Au réel simplifié tenu en comptabilité de trésorerie, cette dette est annulée à l'ouverture de l'exercice suivant afin d'éviter une double déduction lors du paiement. En comptabilité d'engagement, l'écriture peut être contrepassée à l'ouverture ou le compte d'intérêts courus peut être soldé lors de l'échéance, selon la méthode comptable retenue.

Les agios et frais bancaires suivent la même logique de principe : une charge qui concerne l'exercice clos doit lui être rattachée, même si elle n'a pas encore été prélevée par la banque.

Point technique à vérifier avec votre expert-comptable. Pour les exploitants relevant du régime réel simplifié qui ont valablement exercé l'option prévue par l'article 74 du CGI, certains frais financiers répétitifs peuvent être déduits lors de leur paiement sans régularisation de clôture, sous réserve de respecter les conditions de régularité, de périodicité et de stabilité. Cette option ne s'applique pas au régime réel normal. Son existence et son périmètre doivent être vérifiés avec l'expert-comptable.

Les erreurs fréquentes en agriculture (caisse, comptes multiples)

Dès lors que l'exploitation encaisse ou décaisse des espèces, par exemple lors d'une vente sur un marché, ces mouvements doivent être enregistrés au jour le jour en distinguant le mode de règlement, de manière à pouvoir justifier le solde de caisse. Ils peuvent être suivis dans un journal de caisse séparé ou dans tout autre support comptable permettant cette traçabilité.

L'erreur la plus fréquente : ce suivi n'est pas mis à jour au fil de l'eau. L'écart entre l'argent physiquement compté et le solde comptable n'est alors découvert qu'à la clôture, une fois qu'il est trop tard pour en retrouver l'origine.

Autre point de vigilance propre aux exploitations agricoles : la multiplication des comptes. Compte bancaire professionnel, livret, compte de paiement en ligne pour les ventes en circuit court, parfois compte personnel utilisé ponctuellement pour régler une dépense de l'exploitation.

Chaque compte bancaire ou compte de paiement appartenant à l'exploitation et enregistré en comptabilité doit faire l'objet d'un rapprochement distinct. Oublier un compte secondaire, même peu mouvementé, revient à clôturer sur une trésorerie incomplète.

Lorsqu'un compte personnel non dédié est utilisé ponctuellement, seules les opérations professionnelles concernées doivent être comptabilisées, notamment par l'intermédiaire du compte de l'exploitant individuel (compte 108) ou du compte courant d'associé selon la forme juridique. Ce compte personnel n'a pas à être intégré en totalité à la comptabilité, ni à faire l'objet d'un rapprochement bancaire complet.

Exemple

Comptabilité de trésorerie (montant sans TVA récupérable) : vous réglez une facture d'aliments pour bétail de 300 € avec votre carte bancaire personnelle, faute de solde disponible sur le compte professionnel au moment de l'achat.

CompteIntituléDébitCrédit
601Achats d'aliments300€
108Compte de l'exploitant300€

Le compte 108 (exploitant individuel) n'est pas un compte bancaire : c'est un compte de bilan qui retrace vos apports et prélèvements personnels dans l'exploitation. Ici, il enregistre l'avance que vous avez faite à titre personnel. Le compte bancaire personnel, lui, n'entre à aucun moment dans la comptabilité de l'exploitation. En société (EARL, GAEC, SCEA), le mécanisme est identique : on remplace le 108 par le 455 « Compte courant d'associé », au nom de l'associé concerné.

Si la TVA est récupérable sur cet achat, débitez le compte d'achat pour le montant hors taxes et le compte 44566 pour la TVA, puis créditez le compte 108 (ou 455) pour le montant total réglé. En comptabilité d'engagement, si la facture a déjà été enregistrée au compte fournisseur, le paiement personnel solde le compte 401 par le crédit du compte 108 ou 455, plutôt que de débiter une seconde fois le compte d'achat.

En résumé

Checklist de clôture trésorerie

  • Rapprochement effectué sur tous les comptes bancaires et de paiement appartenant à l'exploitation, y compris les comptes secondaires
  • Chèques remis à un fournisseur comptabilisés comme payés : compte 401 soldé lorsque la facture avait été enregistrée en comptabilité d'engagement, ou dépense enregistrée directement au réel simplifié tenu en comptabilité de trésorerie ; les chèques non encore débités figurent dans le rapprochement bancaire
  • Ventes ou prestations achevées avant la clôture mais réglées par un virement non encore crédité maintenues en créance client, le compte 512 n'étant mouvementé qu'au crédit effectif
  • Intérêts courus sur emprunts bancaires calculés et comptabilisés en 1648 (adapter le compte de dette à la nature du prêteur)
  • Solde du compte d'emprunt (164) rapproché du capital restant dû du tableau d'amortissement à la date de clôture
  • Au réel simplifié uniquement : vérifier si l'option de l'article 74 du CGI a été valablement exercée (note jointe à la déclaration du premier exercice, valable jusqu'à renonciation) ; si oui, les frais financiers répétitifs remplissant les conditions de régularité, périodicité et stabilité peuvent être déduits sans régularisation ; sinon, les rattacher
  • Comptes d'attente analysés et apurés autant que possible ; tout solde résiduel exceptionnel documenté et reclassé au bon poste du bilan
  • Mouvements d'espèces enregistrés au jour le jour et solde de caisse physique comparé au solde comptable
  • Compte personnel non dédié : seules les opérations professionnelles réintégrées, via le compte de l'exploitant ou le compte courant d'associé
  • Tout écart de rapprochement résiduel expliqué ligne par ligne, jamais laissé en solde global