Comment comptabiliser les commissions de dépôt-vente ?

Les commissions de dépôt-vente ?

Vous déposez vos confitures, vos fromages ou votre miel chez un épicier ou dans un magasin de producteurs, sans qu'il vous les achète directement ? C'est du dépôt-vente. Ce guide s'adresse aux agriculteurs qui commercialisent leurs produits de cette façon et veulent savoir comment l'enregistrer en comptabilité.

Ne confondez pas ce mécanisme avec l'achat-revente. Dans l'achat-revente, le commerçant achète vos produits et en devient propriétaire selon les règles de la vente : la propriété ne dépend pas forcément de la livraison. Dans le dépôt-vente, la remise de vos produits au dépositaire n'est pas une vente : ils restent dans votre stock tant que le contrôle et les avantages économiques futurs n'ont pas été transférés.

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Qu'est-ce que le dépôt-vente ?

Qu'est-ce que le dépôt-vente ? C'est un contrat par lequel vous confiez vos produits à un commerçant, qui les expose et les vend en votre nom sans jamais en devenir propriétaire. Il vous reverse le prix de vente, déduction faite d'une commission qu'il conserve pour sa prestation.

Vous apportez votre marchandise, le commerçant l'expose en boutique. Il vous transmet régulièrement un relevé de ventes : ce qui a été vendu, ce qui reste en rayon. Ce relevé sert de justificatif, mais ne déclenche pas à lui seul votre comptabilisation ; la date exacte à retenir est précisée plus loin.

Prenons un exemple que nous allons suivre tout au long de cet article : une productrice de confitures dépose 60 pots chez un épicier local, au prix de vente public de 6 € TTC le pot. Sur le mois, 40 pots sont vendus. L'épicier retient une commission de 25 % du prix de vente TTC.

Dépositaire vs déposant : qui fait quoi

Qui est le déposant ? C'est vous, l'agriculteur qui confie ses produits. Vous en restez propriétaire tant qu'ils ne sont pas vendus. Vous supportez en principe le risque économique lié aux invendus et, sous réserve du contrat et des obligations de garde du dépositaire, les détériorations qui ne lui sont pas imputables.

Dans notre exemple : la productrice de confitures.

Qui est le dépositaire ? C'est le commerçant qui reçoit vos produits, les expose et les vend pour votre compte. Il ne les achète pas : il agit comme intermédiaire et perçoit une commission en échange de ce service.

Dans notre exemple : l'épicier.

Le contrat de dépôt-vente fixe le taux de commission, la durée du dépôt et la fréquence des reversements. Vérifiez aussi qui supporte le risque de perte ou de détérioration en boutique : c'est une clause contractuelle, pas une règle comptable.

Le transfert de propriété, la clé du sujet

Toute la différence avec l'achat-revente tient à un mot : propriété. Dans l'achat-revente, elle change de main selon les règles de la vente, pas forcément à la livraison. Dans le dépôt-vente, elle ne change de main qu'au moment de la vente réelle au client final.

Tant que vos produits sont en rayon chez le dépositaire, ils restent dans votre stock : vous ne comptabilisez rien, et lui non plus. La première écriture n'intervient qu'à la vente réelle ; la date exacte dépend de votre régime comptable, précisée plus loin.

Dans notre exemple, les 60 pots restent dans le stock de la productrice tant qu'ils sont en rayon. Seuls les 40 pots vendus donnent lieu à une écriture ; les 20 invendus restent en stock, sans comptabilisation.

Dépôt-vente et TVA

Le taux de TVA dépend de la nature du produit, pas du mode de commercialisation. Les produits alimentaires relèvent en principe du taux de 5,5 % pour une consommation différée, sous réserve des exceptions prévues par les textes ; le taux de 10 % vise notamment les produits préparés pour une consommation immédiate et la restauration. En cas de doute, vérifiez sur le BOFiP ou avec votre expert-comptable.

Dans notre exemple, la confiture est vendue pour une consommation différée : le taux applicable est de 5,5 %. On suppose ici que la productrice est soumise à la TVA, dans le cadre du régime simplifié de l'agriculture. Si elle relevait du remboursement forfaitaire agricole, elle ne collecterait ni ne déduirait de TVA.

Vous n'appliquez la TVA que sur les produits réellement vendus. Sur les 40 pots vendus, soit 240 € TTC, la TVA collectée s'élève à 12,51 €, pour 227,49 € hors taxes. Les 20 invendus ne donnent lieu à aucune TVA.

Le régime TVA du dépositaire dépend de sa propre situation : en franchise en base, il ne facture pas de TVA sur sa commission ; redevable, sa commission est taxée à 20 %, déductible de votre côté si vous êtes vous-même redevable. Dans notre exemple, l'épicier est en franchise en base : sa commission de 60 € (25 % de 240 €) ne porte donc pas de TVA.

Point à vérifier avec votre conseil comptable
selon les termes exacts de votre contrat, le dépositaire peut être qualifié de simple mandataire, mandataire transparent, qui agit en votre nom (la TVA se traite comme décrit ci-dessus), ou de commissionnaire agissant en son nom propre. Dans ce second cas, l'article 256 du Code général des impôts change le traitement de la TVA. Cette qualification dépend des conditions réelles de l'opération, pas seulement des mots du contrat : faites relire votre contrat par votre expert-comptable avant de fixer vos habitudes de facturation.

La suite de cet article, y compris pour notre épicier, suppose un dépositaire agissant comme mandataire transparent. En cas de commissionnaire agissant en son nom propre, le traitement de la TVA et les écritures diffèrent et doivent être déterminés à partir des conditions réelles du contrat.

Comptabiliser la commission

Pour les exploitants au réel, distinguez le réel simplifié, qui enregistre les encaissements et paiements au fil de l'eau et constate les créances et dettes à la clôture, du réel normal, fondé sur une comptabilité d'engagement. Le micro-BA obéit à d'autres règles, non traitées ici. Le relevé de ventes est un justificatif : il ne déclenche pas à lui seul l'écriture. Si le dépositaire encaisse pour votre compte, c'est sa date d'encaissement à lui qui compte, pas celle de son reversement ultérieur.

En trésorerie, le versement net que vous recevez doit néanmoins être ventilé dans l'écriture entre vente brute, commission (une charge) et TVA : seule la trésorerie est nette, pas l'écriture. En engagement, la vente s'enregistre dès la créance, mais pour un exploitant agricole la TVA reste exigible à l'encaissement du prix ou de l'acompte, pas à la seule naissance de la créance ; si un mandataire encaisse pour vous, c'est son encaissement à lui qui fait foi. Les écritures ci-dessous suivent la logique de l'engagement pour la vente, avec cette nuance sur la TVA.

Comptabilisation chez le déposant (producteur, productrice)

Une fois la vente comptabilisée, trois mouvements se succèdent. Dans notre exemple : 240 € TTC de ventes (227,49 € HT, 12,51 € de TVA collectée), une commission de 60 € reversée à l'épicier, et 180 € net perçus par la productrice.

D'abord, vous constatez la vente réellement réalisée : le compte de vente (701, éventuellement subdivisé selon vos besoins) est crédité du montant hors taxes, le compte 44571 de la TVA collectée si vous y êtes soumis, et un compte de tiers représentant les sommes à recevoir du mandataire est débité du montant TTC.

CompteIntituléDébitCrédit
467*Sommes à recevoir (épicier)240,00€
701*Vente de produits finis (confitures)227,49€
44571TVA collectée12,51€

Le compte de tiers « Sommes à recevoir de l'épicier » est ici noté 467* : le numéro exact de sous-compte est à adapter au plan comptable de la productrice. Le compte de vente 701* désigne une subdivision propre à l'exploitation (« Ventes de produits finis », confitures).

Ensuite, vous comptabilisez la commission due au dépositaire : une charge en compte 6222, à laquelle s'ajoute la TVA déductible en compte 44566 si le dépositaire facture lui-même de la TVA sur sa commission. Cette charge vient en déduction du compte de tiers.

CompteIntituléDébitCrédit
6222Commissions et courtages sur ventes60,00€
467*Sommes à recevoir (épicier)60,00€

Enfin, vous encaissez en banque (compte 512) le montant net réellement versé par le dépositaire.

CompteIntituléDébitCrédit
512Banque180,00€
467*Sommes à recevoir (épicier)180,00€

Le compte de tiers se solde bien à zéro une fois les trois écritures passées : 240 € au débit, 60 € + 180 € au crédit.
* Numéros à valider selon le plan comptable retenu.

Comptabilisation chez le dépositaire

Le dépositaire n'enregistre jamais vos produits en achat ni en stock, puisqu'il n'en devient jamais propriétaire ; un simple registre extra-comptable suffit à suivre ce qu'il détient pour vous. Côté épicier, les mêmes 240 € encaissés auprès des clients donnent lieu à trois écritures symétriques.

D'abord, quand il encaisse le prix client, il enregistre l'entrée en caisse (53) ou en banque (512) selon le mode de paiement, en contrepartie d'un compte de tiers représentant ce qu'il vous doit : ce n'est pas son chiffre d'affaires.

CompteIntituléDébitCrédit
53Caisse240,00€
468*Compte-courant déposant240,00€

Le compte de tiers « Compte courant déposant » est ici noté 468* (une dette envers la productrice) : le numéro exact de sous-compte est à adapter au plan comptable du dépositaire. L'encaissement client est supposé réalisé en espèces (compte 53) ; le règlement au déposant, par virement (compte 512).

Ensuite, sa commission constitue bien son chiffre d'affaires : il l'enregistre en produit, par exemple en compte 706 ou 7082 selon son activité, avec TVA collectée s'il y est lui-même soumis.

CompteIntituléDébitCrédit
468*Compte courant déposant60,00€
706*Prestations de services (commission)50,00€
44571TVA collectée10,00€

Enfin, il vous règle le solde du compte de tiers : le montant encaissé diminué de sa commission.

CompteIntituléDébitCrédit
468*Compte courant déposant180,00€
512Banque180,00€

Chez l'épicier aussi, le compte de tiers se solde à zéro : 240 € au crédit, 60 € + 180 € au débit.
* Numéros à valider selon le plan comptable retenu. Adaptez le compte 53 ou 512 si l'encaissement ou le règlement transitent par un autre moyen de paiement.