On vous parle de comptabilité au PCA sans que vous sachiez ce que cela recouvre ? Cet article s'adresse aux agriculteurs qui démarrent leur comptabilité, ou qui quittent le tableur et veulent comprendre ce qu'on attend d'eux.
Il porte sur les exploitants individuels imposés aux bénéfices agricoles (BA), au micro-BA comme au réel. Les sociétés agricoles (GAEC, EARL, SCEA) ont des règles propres, que cet article ne traite pas.
Qu'est-ce qu'un plan comptable ? C'est la liste officielle des comptes dans lesquels vous classez chaque euro qui entre dans l'exploitation ou qui en sort. Chaque compte a un numéro, et ce numéro dit à quoi correspond l'opération.
Les comptes sont rangés par classes. La classe 2 contient ce que vous possédez durablement (tracteur, terrain), la classe 4 vos fournisseurs, vos clients et la TVA, la classe 5 votre banque et votre caisse. La classe 6 regroupe vos charges, comme le carburant, les semences ou les assurances. La classe 7 regroupe vos produits, c'est-à-dire vos ventes et vos aides.
Le nom prête à confusion. Le plan comptable agricole a longtemps été un texte à part. Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2021, les règles comptables propres à l'agriculture figurent dans le plan comptable général (PCG), où le règlement ANC n° 2020-03 les a ajoutées. Le plan de comptes des exploitations agricoles reprend celui du PCG et en détaille certains comptes (article 131-1 du règlement ANC 2020-04). Dans la pratique, on continue d'appeler « PCA » ce plan de comptes adapté aux exploitations agricoles, et tout le monde vous comprendra.
Qui doit tenir quoi ?
Qu'est-ce que le régime d'imposition ? C'est la méthode que l'administration utilise pour calculer votre bénéfice agricole. Au micro-BA, elle applique un abattement forfaitaire à vos recettes. Au réel simplifié et au réel normal, elle part de votre comptabilité.
Au micro-BA
Il n'y a pas de comptabilité à proprement parler. Vous tenez un document qui donne le détail jour par jour de vos recettes professionnelles, et vous conservez les factures et les pièces qui les justifient (article 64 bis du CGI). Les ventes au détail et les services rendus à des particuliers peuvent y être inscrits globalement à la fin de chaque journée, quand chacun ne dépasse pas 76 € (BOI-BA-DECLA-15, § 30). C'est le cas d'une journée de marché.
Vous ne déposez pas de déclaration de résultats (BOI-BA-DECLA-15, § 60). Si vous êtes redevable de la TVA, d'autres obligations s'ajoutent, que votre conseil comptable vous détaillera. Rien n'impose de tenir un plan de comptes au micro-BA, et rien ne l'interdit. Certains agriculteurs le font pour piloter leur activité, pas pour l'administration.
Au réel simplifié
Votre comptabilité n'enregistre au jour le jour que les encaissements et les paiements. À la clôture, vous constatez ce qu'on vous doit et ce que vous devez (article 74 du CGI), et vous faites l'inventaire de vos stocks. C'est là que le plan comptable devient un vrai outil, puisqu'il range toutes ces opérations de la même façon d'une année à l'autre.
Au réel normal
Vous tenez une comptabilité complète, dite d'engagement : chaque facture est enregistrée à sa date, qu'elle soit payée ou non.
Les seuils de recettes qui séparent ces régimes évoluent. Vérifiez-les avec votre conseil comptable avant d'en tirer une conclusion.
La partie double au quotidien
Tout repose sur un principe, la partie double.
Qu'est-ce que la partie double ? Chaque opération s'enregistre dans au moins deux comptes, et le total des débits est égal au total des crédits. Une même écriture peut compter plusieurs lignes de chaque côté.
Exemple
Vous payez 240 € TTC de gazole non routier (GNR) pour votre tracteur, soit 200 € hors taxes et 40 € de TVA à 20 %.
Cet exemple suppose que vous êtes redevable de la TVA, que vous avez une facture conforme, et que le GNR sert uniquement à l'activité agricole. Pour un véhicule de transport de personnes, la TVA ne se récupère pas de la même façon, comme l'explique l'article sur la TVA du carburant.
Compte
Intitulé
Débit
Crédit
60614
Carburant non stocké
200,00€
44566
TVA sur achats, biens et services
40,00€
512
Banques
240,00€
Le carburant est une charge de 200 €, portée au débit du compte 60614. La TVA que vous récupérerez, 40 €, va au débit du compte 44566. L'argent est sorti de votre banque, d'où 240 € au crédit du compte 512. L'écriture compte 240 € au débit et 240 € au crédit, elle est équilibrée.
Qu'est-ce que la comptabilité de trésorerie ? Vous enregistrez une opération le jour où l'argent entre sur votre compte ou en sort.
Qu'est-ce que la comptabilité d'engagement ? Les charges et les produits sont rattachés à l'exercice auquel ils se rapportent, quelle que soit la date du paiement. Vous les enregistrez à partir des factures, avec des ajustements à la clôture si nécessaire.
La comptabilité de trésorerie n'est possible qu'au réel simplifié, où elle est la plus courante. Dans l'exemple, vous passez l'écriture le jour du paiement. Si une facture reste impayée en fin d'année, vous la constatez à la clôture.
En comptabilité d'engagement, la même opération se fait en deux temps.
Exemple
Le même GNR vous est livré et facturé le 15 décembre, et vous le payez le 10 janvier. La charge appartient à l'exercice de décembre, même si l'argent sort en janvier.
Le 15 décembre, à la réception de la facture :
Compte
Intitulé
Débit
Crédit
60614
Carburant non stocké
200,00€
44566
TVA sur achats, biens et services
40,00€
401
Fournisseurs
240,00€
Le 10 janvier, au paiement :
Compte
Intitulé
Débit
Crédit
401
Fournisseurs
240,00€
512
Banques
240,00€
Le compte 401 sert de sas. Il se remplit à la réception de la facture et se vide au paiement. Tant qu'il n'est pas soldé, il vous rappelle que vous devez de l'argent.
Au quotidien, tenir une comptabilité au PCA revient à quelques gestes réguliers :
conserver chaque facture et chaque justificatif, sur papier ou en fichier ;
saisir vos opérations sans laisser s'accumuler trois mois de retard ;
rapprocher le compte 512 de votre relevé bancaire, en expliquant chaque différence et en corrigeant les opérations manquantes ou fausses ;
séparer ce qui relève de l'exploitation de ce qui relève de votre vie privée ;
faire l'inventaire à la clôture, c'est-à-dire les stocks, le matériel, les sommes dues et les sommes à recevoir.
Avantages et contraintes
Le premier avantage est une langue commune. Votre conseil comptable, votre banquier et l'administration lisent les mêmes numéros de compte.
Le deuxième est la lisibilité, et une clôture qui devient une vérification plutôt qu'une reconstitution. Quand chaque dépense est rangée au même endroit, vous voyez en un coup d'œil ce que coûtent vos intrants, vos assurances ou votre carburant, et ce que vous rapportent vos ventes en circuit court. Un tableur sait faire des totaux, mais il ne vous oblige pas à ranger.
En contrepartie, il faut apprendre un vocabulaire, saisir régulièrement et dresser un inventaire chaque année. La partie double déroute au début, puis devient un réflexe après une dizaine d'écritures.
Des comptes fiables
Un plan comptable ne rend pas vos comptes fiables à lui seul, il leur donne un cadre.
Le contrôle le plus simple est l'équilibre : si les débits ne sont pas égaux aux crédits, il y a une erreur quelque part. Mais l'équilibre ne dit pas tout. Une dépense rangée dans le mauvais compte donne une écriture parfaitement équilibrée qui fausse pourtant l'analyse. Du carburant classé en assurances déforme la répartition de vos charges, sans forcément changer votre résultat.
Trois habitudes protègent vos comptes :
le justificatif d'abord, chaque écriture s'appuyant sur une pièce adaptée à l'opération, comme une facture, un relevé bancaire, un appel de cotisations ou un document de calcul ;
le rapprochement bancaire ensuite, chaque différence entre votre compte 512 et votre relevé devant être expliquée ;
l'inventaire enfin, sans lequel vos stocks, vos dettes et vos créances manquent à l'appel en fin d'année.
Faire relire votre clôture par votre conseil comptable avant de transmettre vos chiffres reste une bonne précaution, surtout les premières années.
Questions fréquentes
Le PCA est-il obligatoire ?
Le plan comptable agricole n'existe plus comme texte à part depuis 2021, ses règles étant intégrées au PCG. Ce que vous devez tenir dépend de votre régime d'imposition, un document détaillant vos recettes au micro-BA, une comptabilité de trésorerie régularisée à la clôture au réel simplifié, une comptabilité d'engagement au réel normal.
Puis-je tenir une comptabilité au PCA si je suis au micro-BA ?
Oui, rien ne vous l'interdit. Elle n'est pas exigée, mais elle vous donne une vision claire de vos charges et de vos marges, et elle facilite un éventuel passage au réel.
Quelle différence entre le PCA et le PCG ?
Le PCG est le plan comptable de toutes les entreprises, et il contient depuis 2021 les règles propres à l'agriculture. Quand on parle de PCA, on parle en pratique de ce PCG appliqué à une exploitation agricole.
En résumé
Le PCA, c'est le plan comptable général appliqué aux exploitations agricoles, qui en contient les règles depuis 2021.
Au micro-BA, seul un document détaillant vos recettes jour par jour est exigé. Le plan de comptes reste un choix.
Au réel simplifié, vous enregistrez les encaissements et les paiements, puis constatez à la clôture ce qu'on vous doit et ce que vous devez.
Chaque écriture s'équilibre en partie double, appuyée par son justificatif.
Rapprochez votre compte 512 de votre relevé bancaire et faites l'inventaire à la clôture.